Retraite expatriée · Espagne

Retraite en Espagne : comment vos pensions françaises sont réellement imposées en 2026

⏱ Lecture : ~13 min 📅 17 juillet 2026 ✶ Pour : retraités français en Espagne ou en projet

L'Espagne est la première destination des retraités français. Pourtant, contrairement au Maroc ou au Portugal d'hier, elle n'offre aucun régime fiscal de faveur aux retraités : c'est le droit commun, et il est souvent plus lourd qu'en France sur la pension elle-même. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien à optimiser — au contraire. Voici la mécanique réelle de 2026, chiffres à l'appui.

Version vidéo à venir

Une présentation vidéo de cet article sera disponible ici prochainement.

Climat, proximité, système de santé solide, une heure de vol de Paris : les raisons de choisir l'Espagne pour sa retraite ne manquent pas. Mais sur le plan fiscal, le discours ambiant oscille entre deux erreurs symétriques. La première : croire qu'il existe un « statut retraité » avantageux, sur le modèle de ce que le Portugal proposait avec le RNH. Il n'existe pas. La seconde : conclure que l'Espagne est fiscalement inintéressante et s'arrêter là. C'est faux aussi — mais les vrais leviers ne sont pas là où on les cherche. Reprenons dans l'ordre.

Première question : qui a le droit d'imposer votre pension ?

Comme toujours, avant de parler de taux, il faut répondre à la question préalable : entre la France et l'Espagne, quel pays a le droit d'imposer votre pension ? La réponse est donnée par la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995, et elle dépend de la nature de la pension.

Beaucoup de retraités perçoivent les deux — une carrière mixte public/privé est banale. Chaque pension suit alors son propre régime, et un conseil qui traite votre retraite comme un bloc unique se trompe forcément sur une partie. C'est la logique de toute convention fiscale et de l'élimination de la double imposition : le droit d'imposer se répartit revenu par revenu.

Pas de régime de faveur : le droit commun de l'IRPF

Une fois établi que votre pension privée est imposable en Espagne, comment y est-elle taxée ? Réponse : comme un salaire. Les pensions sont des rendimientos del trabajo, soumises au barème progressif de l'IRPF — une part étatique plus une part régionale, pour un taux marginal combiné qui va d'environ 43,5 % (Madrid) à près de 54 % (Communauté valencienne) selon la communauté autonome. Il n'existe ni abattement de 10 % à la française, ni équivalent de la réduction marocaine de 80 %, ni régime dédié aux retraités étrangers.

Et le régime Beckham, dont on parle tant ? Il est fermé aux retraités : il suppose une installation motivée par une activité professionnelle (contrat de travail, mandat de dirigeant, télétravail international). Un retraité ou un rentier relève du droit commun, point.

Ce que le droit commun accorde, c'est peu de chose : une déduction forfaitaire de 2 000 € sur les revenus du travail, un minimum personnel d'environ 5 550 €, majoré de 1 150 € à partir de 65 ans et de 1 400 € supplémentaires à partir de 75 ans, et une réduction ciblée pour les pensions modestes. Rien qui change la physionomie du calcul pour une pension moyenne.

Illustration : pension privée de 30 000 € / an

Ce que paie un célibataire de plus de 65 ans

Pension annuelle brute30 000 €
Déduction forfaitaire (« otros gastos »)− 2 000 €
Base imposable générale28 000 €
IRPF au barème (part étatique + régionale indicative)≈ 6 570 €
Minimum personnel majoré 65 ans+ (6 700 € × 19 %)− ≈ 1 270 €
Impôt réellement dû≈ 5 300 €

Soit un taux effectif d'environ 18 %. Exemple purement illustratif : la part régionale du barème varie selon la communauté autonome, et la réduction pour revenus du travail modestes ne s'applique plus à ce niveau de pension. À situation comparable, l'impôt français sur la même pension serait sensiblement plus faible (abattement de 10 % et barème) : sur la pension elle-même, l'Espagne coûte le plus souvent davantage que la France.

On ne choisit pas l'Espagne pour l'impôt sur sa pension. On la choisit pour le reste — et on optimise ce qui peut l'être.

Là où l'Espagne devient intéressante pour un retraité

Si le barème général est sévère, la fiscalité espagnole réserve au patrimoine et à ses revenus un traitement nettement plus doux — surtout après 65 ans. C'est là que se joue une installation bien préparée.

Le barème de l'épargne : 19 à 30 %

Dividendes, intérêts et plus-values ne passent pas par le barème général mais par le barème de l'épargne : 19 % jusqu'à 6 000 €, 21 % jusqu'à 50 000 €, 23 % jusqu'à 200 000 €, 27 % jusqu'à 300 000 €, 30 % au-delà. Pour des revenus de placement modérés, c'est un peu mieux que le prélèvement forfaitaire français de 30 %.

Les rentes viagères : la vraie niche espagnole

C'est le dispositif le plus méconnu et le plus puissant. Une rente viagère souscrite à titre onéreux n'est imposée que sur une fraction forfaitaire qui dépend de votre âge au premier versement : 8 % seulement si la rente démarre à 70 ans ou plus (24 % entre 60 et 65 ans, 20 % entre 66 et 69 ans). Cette fraction est ensuite taxée au barème de l'épargne. Concrètement, une rente de 20 000 € par an perçue par un souscripteur de 70 ans supporte un impôt d'environ 300 € — un taux effectif de l'ordre de 1,5 %.

Après 65 ans : deux exonérations à connaître

Le point de timing qui vaut cher

Attention au calendrier de cession. Si vous vendez votre résidence principale française après être devenu résident fiscal espagnol, l'exonération française de résidence principale ne joue plus telle quelle, et l'Espagne — qui impose ses résidents sur leurs plus-values mondiales — taxera le gain, sauf à remplir ses propres conditions (résidence habituelle, 65 ans, réinvestissement). La règle pratique : céder avant de partir ce qui est exonéré en France, et raisonner l'ordre des opérations comme dans notre article sur la plus-value immobilière du non-résident.

Le patrimoine : impôt sur la fortune, assurance-vie, modelo 720

Devenir résident fiscal espagnol, c'est aussi entrer dans un pays qui taxe la fortune — sur votre patrimoine mondial, cette fois. Deux impôts se superposent : l'impôt sur le patrimoine régional (abattement général de 700 000 € plus 300 000 € sur la résidence principale, taux très variables selon la communauté autonome) et l'impôt de solidarité sur les grandes fortunes (ITSGF), national, au-delà de 3 millions d'euros. Un plafonnement conjoint avec l'IRPF (60 % des revenus) atténue la facture des patrimoines importants aux revenus modestes, mais le sujet doit être chiffré avant le départ, pas après.

Deuxième angle mort : l'assurance-vie française. L'Espagne ignore l'enveloppe fiscale française — ses abattements après huit ans, sa fiscalité successorale propre. Les gains retirés par un résident espagnol sont imposés au barème de l'épargne, le contrat entre dans l'assiette de l'impôt sur le patrimoine, et sa transmission relève de l'impôt successoral espagnol. Un contrat parfaitement optimisé vu de France peut devenir médiocre vu de Madrid : nous détaillons ce basculement dans notre article sur l'assurance-vie du non-résident.

Enfin, l'obligation déclarative : le modelo 720. Tout résident fiscal d'Espagne doit déclarer ses biens à l'étranger dès que leur valeur dépasse 50 000 € par catégorie (comptes bancaires ; valeurs, droits et assurances ; immobilier), entre le 1er janvier et le 31 mars. Les sanctions confiscatoires d'origine ont été censurées par la Cour de justice de l'UE en 2022, mais l'obligation demeure — et vos comptes, contrats et biens restés en France y entrent en totalité. C'est le miroir espagnol de la déclaration 3916 française, en plus large.

La succession : une convention rare, et des régions très inégales

Point singulier, et plutôt favorable : la France et l'Espagne sont liées par une convention en matière de successions, signée le 8 janvier 1963 — la France n'en a qu'avec une poignée de pays. Elle répartit le droit d'imposer : les immeubles sont imposés dans le pays où ils se situent, les biens mobiliers dans le pays de résidence du défunt. Cette répartition évite l'essentiel des doubles impositions successorales qui empoisonnent d'autres destinations.

Côté espagnol, l'impôt sur les successions et donations est régional, et les écarts sont spectaculaires : Madrid ou l'Andalousie appliquent des bonifications proches de 99 % en ligne directe, d'autres communautés taxent lourdement. Le choix de la région d'installation est donc aussi un choix successoral. L'articulation fine avec les règles françaises — héritiers restés en France, biens immobiliers français — reste un travail de succession internationale à part entière.

Santé et prélèvements sociaux : le formulaire S1

Bonne nouvelle européenne : un titulaire de pension française qui s'installe en Espagne demande à sa caisse le formulaire S1 et s'inscrit auprès de la sécurité sociale espagnole (INSS). Il est alors soigné dans le système public espagnol aux frais de la France, sans cotisation espagnole supplémentaire.

Côté prélèvements sur les pensions : en tant que non-résident fiscal français, vous cessez de payer la CSG et la CRDS (environ 9,1 % sur une pension imposée à taux plein — un gain réel). En revanche, tant que votre couverture maladie reste à la charge d'un régime français via le S1, une cotisation d'assurance maladie est prélevée à la source sur vos pensions françaises : de l'ordre de 3,2 % sur la pension de base et 4,2 % sur les complémentaires. Le solde reste nettement favorable, mais il faut l'intégrer au calcul.

Le préalable de tout : être résident fiscal espagnol pour de bon

Tout ce qui précède suppose une bascule réelle et opposable de résidence fiscale. L'Espagne vous considère comme résident au-delà de 183 jours par année civile sur son territoire, ou si elle est le centre principal de vos intérêts économiques — et elle vous présume résident si votre conjoint y vit. Symétriquement, il faut cesser d'être résident fiscal français au sens de l'article 4 B et de la convention : garder l'essentiel de sa vie en France en passant l'hiver à Alicante ne fait pas de vous un non-résident. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur la résidence fiscale et la carte de résident, et l'ordre des opérations dans la checklist fiscale du départ.

À retenir

Pension privée = imposée en Espagne, au barème de droit commun — souvent plus qu'en France.

Pension publique = reste imposée en France (sauf nationalité espagnole).

Les vrais leviers espagnols : rentes viagères (8 % de fraction imposable à 70 ans+), exonérations après 65 ans, barème de l'épargne — et le bon calendrier de cession avant le départ.

En résumé

L'Espagne n'est pas un paradis fiscal pour retraités, et c'est la première chose à accepter : votre pension privée y sera imposée au barème de droit commun, généralement plus lourdement qu'en France, et aucun régime dérogatoire ne viendra l'alléger. Mais réduire l'analyse à ce constat serait passer à côté de l'essentiel. Une installation bien construite — pensions correctement qualifiées au regard de la convention de 1995, cessions réalisées dans le bon ordre avant le départ, épargne réorganisée autour des rentes viagères et des exonérations après 65 ans, patrimoine passé au crible de l'impôt sur la fortune et du modelo 720, région choisie aussi pour sa fiscalité successorale — change complètement l'équation. L'Espagne se prépare ; elle ne s'improvise pas.

Questions fréquentes

Ma pension française est-elle imposée en France ou en Espagne ?

Selon la convention du 10 octobre 1995 : les pensions du privé (CNAV, Agirc-Arrco) d'un résident espagnol sont imposables uniquement en Espagne (article 18) ; les pensions publiques restent imposables en France (article 19), sauf résident de nationalité espagnole. Une carrière mixte donne deux régimes différents, pension par pension.

Existe-t-il un régime de faveur pour les retraités en Espagne ?

Non. Le régime Beckham est réservé aux actifs qui s'installent pour une activité professionnelle. Un retraité relève du droit commun : barème IRPF progressif dont le marginal combiné va d'environ 43,5 % (Madrid) à près de 54 % selon la région. Les avantages espagnols sont ailleurs : rentes viagères, exonérations après 65 ans, barème de l'épargne.

Combien d'impôt sur une pension de 30 000 € ?

Environ 5 300 € pour un célibataire de plus de 65 ans (déduction de 2 000 €, barème indicatif, minimum personnel majoré), soit un taux effectif proche de 18 % — le plus souvent davantage qu'en France sur la même pension. Le chiffre exact dépend de la communauté autonome et de la situation personnelle.

Qu'est-ce que le modelo 720 ?

La déclaration informative des biens détenus à l'étranger, obligatoire au-delà de 50 000 € par catégorie (comptes ; valeurs et assurances ; immobilier), à déposer entre le 1er janvier et le 31 mars. Les sanctions ont été ramenées au droit commun après l'arrêt de la CJUE de 2022, mais l'obligation demeure entière.

Comment fonctionne la santé ? Paie-t-on encore la CSG ?

Avec le formulaire S1, un retraité français est soigné dans le système public espagnol aux frais de la France. Ses pensions échappent à la CSG et à la CRDS, mais une cotisation maladie reste prélevée à la source : environ 3,2 % sur la pension de base et 4,2 % sur les complémentaires.

Que deviennent mon assurance-vie et ma succession ?

L'Espagne ignore l'enveloppe assurance-vie française : gains taxés au barème de l'épargne (19–30 %), contrat inclus dans l'impôt sur le patrimoine et le modelo 720. Pour la succession, la convention du 8 janvier 1963 répartit l'imposition (immeubles au lieu de situation, meubles à la résidence du défunt), et l'impôt espagnol varie énormément selon la région — quasi nul en ligne directe à Madrid ou en Andalousie.

Simulateur gratuit · 2 minutes

Vous hésitez sur la destination ? Le simulateur de trajectoire d'expatriation identifie les juridictions les plus alignées sur votre profil et votre patrimoine — résultat immédiat, par email.

Préparer une retraite en Espagne, sereinement

Qualification de vos pensions, calendrier des cessions, épargne à réorganiser, fortune et succession régionale : faites le point sur votre situation, noir sur blanc. Tout commence par le Diagnostic patrimonial international.

Découvrir le diagnostic

Sources & références

  • Convention fiscale France-Espagne du 10 octobre 1995 (revenus et fortune) : impots.gouv.fr
  • Convention France-Espagne du 8 janvier 1963 en matière de successions : BOFiP, BOI-INT-CVB-ESP-20
  • IRPF, barème de l'épargne, rentes viagères et modelo 720 : Agencia Tributaria
  • Formulaire S1 — soins de santé du pensionné résidant dans un autre État de l'UE : CLEISS
  • Prélèvements sur les pensions versées à l'étranger (CSG, CRDS, cotisation maladie) : Service des Retraites de l'État