Immobilier · Fiscalité des non-résidents

Vendre un bien en France quand on vit ailleurs : la plus-value, vraiment

⏱ Lecture : ~13 min 📅 9 mars 2026 ✶ Pour : non-résidents qui vendent un bien situé en France

Vous vivez à l'étranger et vous vendez votre appartement parisien ou la maison de famille. La France va taxer la plus-value, c'est entendu. Mais à quel taux exactement, avec quels abattements, et surtout quelles exonérations trop souvent oubliées ? Entre le taux affiché et ce que vous payez réellement, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros.

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C'est l'une des situations les plus fréquentes de la vie d'expatrié : on est parti, mais on a gardé un bien en France, et un jour il faut le vendre. Aussitôt surgissent les questions et les rumeurs : « les non-résidents sont surtaxés », « il faut un représentant fiscal hors de prix », « on paie deux fois ». La réalité est plus nuancée, et surtout plus favorable que la légende, à condition de connaître les bons leviers.

D'abord, oui : la France taxe

Un bien immobilier situé en France reste imposable en France lors de sa vente, quel que soit votre pays de résidence. C'est la règle dite de l'immeuble, et elle est confirmée par les conventions fiscales : la plus-value immobilière est taxée là où se trouve le bien. Inutile donc d'espérer y échapper en étant résident de Dubaï ou du Portugal, votre convention fiscale attribue ce revenu à la France. En revanche, votre pays de résidence éliminera la double imposition, nous y revenons à la fin.

Le taux : 19 % + 17,2 %, mais souvent moins

La plus-value nette d'un non-résident est soumise à deux prélèvements distincts :

Mais voici le levier le plus mal connu. Un non-résident affilié à un régime de sécurité sociale d'un État de l'Union européenne, de l'EEE ou de Suisse est exonéré de CSG et de CRDS, en application de la jurisprudence européenne de Ruyter. Il ne paie alors que le prélèvement de solidarité de 7,5 % au lieu de 17,2 %. Pour une grosse plus-value, l'économie est considérable.

Un dernier étage existe pour les gains élevés : au-delà de 50 000 € de plus-value imposable, une surtaxe progressive de 2 % à 6 % s'ajoute. Elle ne concerne donc que les ventes dégageant une forte plus-value après abattements.

Le taux affiché est de 19 % + 17,2 %. Pour un affilié UE/EEE/Suisse, les prélèvements sociaux tombent à 7,5 %.

Les abattements pour durée de détention

La plus-value imposable n'est pas le gain brut : elle diminue avec la durée de détention du bien, selon deux calendriers différents pour l'impôt et pour les prélèvements sociaux.

Conséquence pratique : un bien détenu depuis très longtemps peut être totalement exonéré d'impôt sur le revenu tout en restant partiellement soumis aux prélèvements sociaux, et le calendrier de la vente devient un véritable paramètre d'optimisation.

Illustration : plus-value nette imposable de 120 000 € (après abattements)

Le même gain, deux factures très différentes

Impôt sur le revenu (19 %)22 800 €
Prélèvements sociaux — cas général (17,2 %)20 640 €
… ou prélèvement de solidarité seul si affilié UE/EEE/Suisse (7,5 %)9 000 €
Total — non-résident hors UE≈ 43 440 €
Total — affilié UE/EEE/Suisse≈ 31 800 €

Même plus-value, près de 12 000 € d'écart selon votre affiliation sociale — avant même l'exonération spéciale de 150 000 € (voir ci-dessous), qui peut réduire encore la base. Exemple illustratif, hors surtaxe sur les hauts montants et cas particuliers.

L'exonération trop souvent oubliée : 150 000 €

C'est l'avantage spécifique aux non-résidents, et beaucoup l'ignorent. La cession d'un logement situé en France par un non-résident bénéficie d'une exonération de la plus-value dans la limite de 150 000 € de plus-value nette par cédant (un couple peut donc cumuler deux fois 150 000 €). Les principales conditions :

Attention en revanche à une confusion classique : l'exonération de la résidence principale (qui efface 100 % de la plus-value) suppose que le bien soit votre résidence principale au jour de la vente. Si vous êtes déjà parti vivre à l'étranger, ce n'est plus le cas, et c'est précisément l'exonération « non-résident » de 150 000 € qui prend le relais.

Le représentant fiscal accrédité

Dernier acteur de la vente : le représentant fiscal. C'est un tiers (société spécialisée ou personne agréée) qui se porte garant du calcul et du paiement de l'impôt sur la plus-value auprès de l'administration française. Sa désignation est obligatoire lorsque :

Autrement dit, les non-résidents établis dans l'UE ou l'EEE en sont dispensés. Pour les autres, c'est une étape à anticiper : ses honoraires se situent souvent entre 0,5 % et 1 % du prix de vente, un coût loin d'être négligeable, qu'il faut intégrer dès la négociation.

L'idée à retenir

Avant de signer, posez trois questions : de quel régime social dépendez-vous (UE/EEE/Suisse = 7,5 % au lieu de 17,2 %) ? Pouvez-vous activer l'exonération de 150 000 € ? Un représentant fiscal est-il requis ? Les réponses peuvent faire varier la note finale de plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Les erreurs fréquentes

Et la double imposition ?

Reste la question qui inquiète : vais-je payer aussi dans mon pays de résidence ? La réponse tient dans la convention fiscale. Elle attribue l'imposition de la plus-value immobilière à la France (lieu du bien), et votre pays de résidence élimine le doublon, soit en exonérant ce gain, soit en accordant un crédit d'impôt. Vous ne payez donc pas deux fois le plein impôt, à condition d'appliquer la convention correctement et de déclarer le gain des deux côtés comme il se doit.

En résumé

Vendre un bien français en étant non-résident n'a rien d'une punition fiscale, mais tout d'un parcours où chaque détail compte. Le taux de base est de 19 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, ces derniers ramenés à 7,5 % pour les affiliés UE/EEE/Suisse. S'y ajoutent les abattements pour durée de détention, l'exonération spécifique de 150 000 €, et, hors UE/EEE au-delà de 150 000 €, l'obligation d'un représentant fiscal. Entre une vente préparée et une vente subie, l'écart de fiscalité est tel qu'il justifie, à lui seul, de cadrer l'opération en amont.

Questions fréquentes

Un non-résident paie-t-il l'impôt sur la plus-value en France ?

Oui : un bien situé en France est imposable en France à la vente, quel que soit le pays de résidence (règle de l'immeuble, confirmée par les conventions). Le pays de résidence élimine ensuite la double imposition.

Quel est le taux en 2026 ?

19 % d'impôt sur le revenu (comme les résidents) + 17,2 % de prélèvements sociaux. Pour un affilié à la sécurité sociale d'un État UE/EEE/Suisse, les prélèvements sociaux tombent à 7,5 % (jurisprudence de Ruyter). Surtaxe de 2 à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value imposable.

Existe-t-il une exonération pour les non-résidents ?

Oui : une exonération sur la cession d'un logement en France, dans la limite de 150 000 € de plus-value nette par cédant. Conditions : résidence en UE/EEE ou pays à convention d'assistance, vente dans les 10 ans du départ (ou libre disposition du bien depuis au moins le 1er janvier de l'année précédente).

Comment marchent les abattements pour durée de détention ?

Exonération totale d'impôt sur le revenu à 22 ans de détention, et de prélèvements sociaux seulement à 30 ans. Plus le bien est détenu longtemps, plus la base imposable baisse.

Faut-il un représentant fiscal accrédité ?

Obligatoire si le prix dépasse 150 000 € par cédant et que le vendeur est établi hors UE/EEE. Les non-résidents de l'UE/EEE en sont dispensés. Honoraires souvent de 0,5 à 1 % du prix.

La plus-value est-elle aussi imposée dans mon pays de résidence ?

La convention attribue l'imposition à la France (lieu du bien). Votre pays de résidence élimine la double imposition par exonération ou crédit d'impôt. Pas de double plein impôt si la convention est bien appliquée.

Vendre au bon moment, au bon taux

Affiliation sociale, exonération de 150 000 €, représentant fiscal, calendrier des abattements : faites le point avant de signer. Tout commence par un appel de cadrage.

Découvrir le diagnostic

Sources & références

  • Plus-values immobilières des non-résidents, taux et abattements (BOFiP / impots.gouv.fr) : impots.gouv.fr
  • Exonération de 150 000 € (article 150 U II 2° du CGI) et abattements pour durée de détention : Légifrance
  • Prélèvements sociaux et exonération CSG-CRDS des affiliés UE/EEE/Suisse (jurisprudence de Ruyter) : bofip.impots.gouv.fr
  • Représentant fiscal accrédité des non-résidents : impots.gouv.fr