À côté de l'Espagne et du Portugal, l'Italie s'est imposée comme l'une des destinations les plus travaillées d'Europe pour l'expatriation patrimoniale. Le pays n'a pas cherché un dispositif unique : il a construit, régime après régime, un arsenal de faveurs fiscales conçu pour trois profils bien distincts. Un très gros patrimoine à revenus étrangers, un cadre qualifié qui vient exercer une activité, un retraité étranger prêt à s'installer dans le Mezzogiorno n'entreront pas par la même porte — et ne paieront pas du tout la même chose. Reprenons chacun de ces régimes, avec les règles de 2026.
Trois régimes, trois profils
Avant d'entrer dans le détail, une carte d'ensemble. L'Italie propose trois régimes optionnels que l'on choisit selon sa situation, et non l'un après l'autre :
- La flat tax des néo-résidents (article 24-bis du TUIR, le code italien des impôts) : un forfait fixe qui remplace l'impôt sur tous les revenus étrangers. Pour les très hauts patrimoines.
- Le régime des travailleurs impatriés (article 5 du D.Lgs 209/2023) : une exonération partielle du revenu de travail. Pour les cadres et indépendants qualifiés qui viennent exercer en Italie.
- Le régime des retraités étrangers (article 24-ter du TUIR) : 7 % forfaitaires sur les revenus étrangers, à condition de s'installer dans une petite commune du Sud. Pour les pensionnés.
Les trois partagent une même logique — attirer une résidence fiscale qui n'existait pas en Italie — et un même préalable : une rupture réelle de la résidence fiscale française. Sans elle, aucun de ces avantages ne tient.
Régime 1 — La flat tax des néo-résidents
C'est le dispositif le plus connu, et le plus mal compris. L'article 24-bis du TUIR permet à une personne qui transfère sa résidence fiscale en Italie de remplacer l'impôt ordinaire sur l'ensemble de ses revenus de source étrangère par un impôt forfaitaire de substitution (imposta sostitutiva) : un montant fixe, dû chaque année, totalement indépendant du revenu réellement perçu.
Ce montant a été relevé au fil des ans :
- 100 000 € par an jusqu'au 9 août 2024 ;
- 200 000 € par an pour les transferts de résidence effectués du 10 août 2024 au 31 décembre 2025 ;
- 300 000 € par an pour tout transfert de résidence à partir du 1er janvier 2026, en application de la Legge di Bilancio 2026 (loi de finances).
Le régime peut être étendu aux membres de la famille, moyennant un forfait supplémentaire par personne, porté à 50 000 € à partir de 2026 (contre 25 000 € auparavant). Il dure au maximum quinze ans, sans renouvellement possible. Condition d'entrée : ne pas avoir été résident fiscal italien pendant au moins neuf des dix périodes d'imposition qui précèdent le transfert.
Au-delà du forfait, le régime offre des avantages annexes décisifs : la dispense de déclaration des avoirs étrangers (le fameux quadro RW), l'exonération de l'IVIE (l'impôt italien sur l'immobilier détenu à l'étranger) et de l'IVAFE (l'impôt sur les avoirs financiers étrangers), et l'exonération des droits de succession et de donation sur les biens situés hors d'Italie pendant toute la durée du régime.
Le forfait ne couvre pas tout. Les plus-values sur participations « qualifiées » (participations substantielles) cédées durant les cinq premières années du régime restent imposées selon les règles ordinaires — une clause anti-abus destinée à éviter qu'on entre dans le régime juste pour vendre une société en franchise. Passé ce délai, elles rejoignent le champ du forfait.
Quand le forfait de 300 000 € devient-il rentable ?
| Revenus étrangers de 400 000 € — imposition ordinaire (marginal ≈ 43 %) | ≈ 170 000 € |
| Revenus étrangers de 800 000 € — imposition ordinaire (marginal ≈ 43 %) | ≈ 340 000 € |
| Point de bascule approximatif du forfait à 300 000 € | ≈ 750 000 € |
Tableau purement illustratif, hors situation familiale, retenues à la source étrangères et crédits d'impôt. Le forfait ne devient avantageux qu'au-delà d'environ 750 000 € de revenus étrangers annuels : en dessous, l'imposition ordinaire coûte moins cher. À vérifier à jour : taux et seuils susceptibles d'évoluer.
La cible est donc clairement circonscrite : de très hauts patrimoines à revenus étrangers importants. Pour un salaire ou une pension ordinaires, payer 300 000 € forfaitaires n'a aucun sens — ce sont les deux autres régimes qui s'appliquent.
Régime 2 — Les travailleurs impatriés
C'est l'équivalent italien, dans l'esprit, du régime Beckham espagnol : attirer des actifs qualifiés en allégeant l'impôt sur leur revenu de travail. Mais la mécanique diffère. Là où l'Espagne applique un taux forfaitaire, l'Italie exonère une fraction de l'assiette.
Le régime, refondu par l'article 5 du D.Lgs 209/2023 et en vigueur depuis 2024, prévoit que 50 % du revenu de travail de source italienne est exonéré : seule la moitié entre dans l'assiette imposable, dans la limite de 600 000 € de revenu éligible par an. L'exonération monte à 60 % en présence d'un enfant mineur. La durée est de cinq ans.
Les conditions sont plus exigeantes qu'il n'y paraît :
- Ne pas avoir été résident fiscal italien au cours des trois périodes d'imposition précédentes — délai porté à six ou sept ans si l'on vient travailler pour le même employeur ou le même groupe qu'avant le départ (pour éviter les allers-retours de convenance) ;
- S'engager à rester résident au moins quatre ans : un départ anticipé entraîne la déchéance du régime, avec récupération des avantages obtenus, majorée des intérêts ;
- Justifier d'une haute qualification ou spécialisation, et exercer l'activité majoritairement sur le territoire italien.
Le régime a été affiné par l'article 22 de la loi n° 132 du 23 septembre 2025. Son intérêt : une assiette plus généreuse que le forfait espagnol (l'exonération peut atteindre 60 % du revenu), mais un plafond à 600 000 € et l'obligation de vraiment vivre et travailler en Italie quatre ans durant.
L'Italie n'exonère pas un statut, elle exonère une présence réelle. Le régime impatriés récompense ceux qui s'installent vraiment, pas ceux qui font semblant.
Régime 3 — Les retraités étrangers à 7 %
Le troisième régime est le plus spécifique, et sans doute le plus séduisant pour un profil précis : le retraité. L'article 24-ter du TUIR permet à un titulaire d'une pension versée par un organisme étranger d'être imposé à un taux forfaitaire de 7 % sur l'ensemble de ses revenus de source étrangère — pas seulement la pension, mais aussi les dividendes, intérêts, loyers et plus-values de source étrangère.
La contrepartie est géographique : il faut installer sa résidence dans une commune du Mezzogiorno, c'est-à-dire du Sud italien — Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Molise, Pouilles. Et pas dans n'importe quelle commune : jusqu'ici, la commune devait compter moins de 20 000 habitants. Ce seuil est relevé à 30 000 habitants à compter du 7 avril 2026, en application de la loi n° 34 du 11 mars 2026 (la « loi annuelle PME »), ce qui élargit sensiblement la liste des communes éligibles.
Les autres conditions :
- Ne pas avoir été résident fiscal italien au cours des cinq périodes d'imposition précédentes ;
- Venir d'un pays lié à l'Italie par un accord de coopération administrative en matière fiscale — la France en fait partie ;
- Le régime dure dix ans et ouvre, comme la flat tax néo-résidents, à la dispense de quadro RW et à l'exonération de l'IVIE et de l'IVAFE.
Ce régime est taillé pour un retraité français qui perçoit une pension privée et accepte de vivre dans un petit sud — un village des Pouilles ou de Sicile, pas Milan ni Rome. Sur des revenus de retraite et de placement de source étrangère, 7 % est spectaculairement bas. La logique rejoint celle que nous détaillons pour la retraite en Espagne et la fiscalité des pensions : le pays d'accueil ne réduit l'impôt que si l'on accepte ses conditions de résidence réelles.
Quand devient-on résident fiscal italien ?
Aucun de ces régimes ne s'applique tant qu'on n'est pas résident fiscal italien. On l'est lorsque, pendant la majeure partie de l'année (plus de 183 jours), on remplit l'un des critères suivants :
- l'inscription au registre de la population résidente (l'anagrafe) d'une commune italienne ;
- ou le domicile ou la résidence en Italie au sens du code civil.
Depuis la réforme de 2024, la notion de domicile s'apprécie en tenant compte des liens personnels et familiaux, et non plus seulement économiques : le lieu où vivent le conjoint et les enfants pèse désormais dans l'analyse. Dès lors que la résidence italienne est acquise, vos revenus mondiaux entrent en principe dans le champ italien (sauf régime de faveur), sous réserve de la convention. Et tant que vous n'avez pas rompu votre résidence fiscale française, vous risquez d'être considéré comme résident des deux pays à la fois.
La succession : l'atout discret de l'Italie
C'est un argument que peu de candidats regardent, et qui pèse pourtant lourd. L'Italie a l'une des fiscalités successorales les plus douces d'Europe. En ligne directe (conjoint, enfants), le taux est de 4 %, et seulement au-delà d'un abattement de 1 000 000 € par héritier. Entre frères et sœurs, il monte à 6 % (abattement de 100 000 €), et à 8 % pour les autres bénéficiaires.
Le contraste avec la France est frappant, où les droits de succession en ligne directe grimpent jusqu'à 45 % au-delà d'abattements bien plus modestes. Et sous le régime des néo-résidents, les biens situés à l'étranger sont en outre hors du champ des droits de succession italiens pendant la durée du régime.
Le sujet doit toutefois s'articuler avec les règles françaises, qui peuvent rester applicables selon la situation, la localisation des biens et la nationalité : c'est tout l'enjeu d'une succession internationale, à ne pas trancher sur le seul taux affiché.
Hors régime : IVIE, IVAFE et fiscalité ordinaire
Il faut avoir en tête ce à quoi ces régimes vous font échapper. En droit commun, l'Italie prélève l'IVIE sur l'immobilier détenu à l'étranger et l'IVAFE sur les avoirs financiers étrangers — deux impôts patrimoniaux qui frappent précisément le patrimoine d'un expatrié qui a conservé des actifs hors d'Italie. Les trois régimes ci-dessus en dispensent, ce qui constitue, au-delà du taux d'impôt sur le revenu, un avantage substantiel pour un patrimoine international.
La combinaison est puissante : selon le régime choisi, un néo-résident échappe à l'IVIE, à l'IVAFE, à la déclaration des avoirs étrangers (quadro RW) et, pour la flat tax, aux droits de succession sur les biens hors d'Italie. Pour un patrimoine financier et immobilier logé hors du pays, ce ne sont pas des détails : c'est souvent la moitié de l'intérêt de l'opération.
La convention fiscale France-Italie
La France et l'Italie sont liées par une convention fiscale signée le 5 octobre 1989, qui évite les doubles impositions et répartit le droit d'imposer. Sans entrer dans le détail article par article, elle suit un schéma classique, à lire revenu par revenu :
- Pensions privées : imposables uniquement dans l'État de résidence (l'Italie) ;
- Pensions publiques (fonction publique) : le plus souvent imposables dans l'État qui les verse (la France) ;
- Revenus immobiliers : imposables dans le pays où se trouve le bien (vos loyers français restent imposables en France).
Ces repères sont volontairement généraux. L'application précise à votre cas — nature exacte des pensions, articulation avec un régime de faveur, retenues à la source — se règle dossier par dossier, et c'est précisément l'objet d'un appel de cadrage.
Ces régimes attirent, mais chacun a son piège. (1) Le forfait néo-résidents à 300 000 € ne devient rentable qu'au-delà d'un revenu étranger élevé — inutile en dessous d'environ 750 000 €. (2) Le régime impatriés impose de vraiment travailler et vivre en Italie quatre ans minimum, sous peine de déchéance. (3) Le 7 % des retraités oblige à s'installer dans un petit sud, pas à Milan ni à Rome. (4) Tout repose sur une rupture nette de la résidence française, à sécuriser en amont. Un test de résidence fiscale aide à mesurer ce dernier risque ; et si vous partez avec un patrimoine mobilier important ou une participation significative dans une société, pensez à l'exit tax, qui peut se déclencher au départ, avant toute question italienne.
L'Italie n'offre pas un régime, mais trois — pour trois profils. La flat tax à 300 000 € vise les très hauts patrimoines à revenus étrangers ; le régime impatriés, les cadres et indépendants qualifiés qui viennent exercer ; le 7 %, les retraités prêts à s'installer dans le Sud. Aucun n'est un « zéro impôt magique » : chacun a ses conditions d'entrée, sa durée et ses limites. Le bon choix dépend de votre profil réel — pas du chiffre le plus flatteur.
En résumé
L'Italie a construit, comme l'Espagne, un arsenal de régimes de faveur pour les nouveaux résidents, mais elle l'a fait en trois volets. La flat tax des néo-résidents remplace l'impôt sur tous les revenus étrangers par un forfait de 300 000 € depuis 2026, réservé de fait aux très gros patrimoines. Le régime des impatriés exonère 50 à 60 % du revenu de travail pendant cinq ans, à condition de s'installer et de rester. Le régime des retraités taxe à 7 % les revenus étrangers de ceux qui posent leurs valises dans une petite commune du Mezzogiorno. À cela s'ajoutent une fiscalité successorale très douce et la dispense des impôts patrimoniaux IVIE et IVAFE. La méthode ne change pas : une rupture nette de la résidence française, une lecture précise de la convention de 1989, et une décision fondée sur votre situation réelle — pas sur le seul taux affiché.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la flat tax italienne des néo-résidents ?
Le régime optionnel de l'article 24-bis du TUIR : un impôt forfaitaire de substitution qui remplace l'impôt ordinaire sur tous les revenus de source étrangère, d'un montant fixe indépendant du revenu réel. Ce forfait est de 300 000 € par an pour tout transfert de résidence à partir du 1er janvier 2026 (contre 200 000 € du 10 août 2024 au 31 décembre 2025, et 100 000 € avant). Durée maximale de quinze ans, non renouvelable.
Quelles sont les conditions de la flat tax néo-résidents ?
Ne pas avoir été résident fiscal italien pendant au moins neuf des dix périodes précédant le transfert. Extension possible à la famille (forfait porté à 50 000 € par personne à partir de 2026). Le régime dispense du quadro RW, exonère l'IVIE et l'IVAFE, et exonère les droits de succession sur les biens étrangers pendant sa durée. Limite : les plus-values sur participations qualifiées cédées durant les cinq premières années restent imposées normalement.
Le régime des impatriés exonère-t-il tout le revenu ?
Non. Le régime des travailleurs impatriés (art. 5 du D.Lgs 209/2023, en vigueur depuis 2024) exonère 50 % du revenu de travail de source italienne, dans la limite de 600 000 € par an ; l'exonération monte à 60 % en présence d'un enfant mineur, pendant cinq ans. Il faut ne pas avoir été résident italien les trois périodes précédentes, s'engager à rester au moins quatre ans, justifier d'une haute qualification et exercer l'activité principalement en Italie.
Le régime des retraités à 7 % est-il ouvert partout ?
Non. L'article 24-ter du TUIR impose à 7 % l'ensemble des revenus étrangers d'un titulaire d'une pension versée par un organisme étranger, à condition de s'installer dans une commune du Mezzogiorno (Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Molise, Pouilles). Le seuil de population passe de 20 000 à 30 000 habitants à compter du 7 avril 2026. Il faut ne pas avoir été résident italien les cinq périodes précédentes et venir d'un pays lié à l'Italie par un accord de coopération fiscale — la France en fait partie. Durée de dix ans.
Quand devient-on résident fiscal italien ?
Lorsque, pendant plus de 183 jours dans l'année, on a en Italie son inscription à l'anagrafe (registre de la population résidente), ou son domicile ou sa résidence au sens du code civil. Depuis la réforme de 2024, les liens personnels et familiaux comptent dans l'appréciation du domicile. Vos revenus mondiaux deviennent alors imposables (sauf régime de faveur), sous réserve de la convention. Corollaire indispensable : une rupture réelle et documentée de la résidence fiscale française.
La succession est-elle plus douce en Italie qu'en France ?
Oui, nettement. En ligne directe (conjoint, enfants), 4 % au-delà d'un abattement de 1 000 000 € par héritier ; 6 % entre frères et sœurs (abattement de 100 000 €), 8 % pour les autres. Face à la France, dont les droits en ligne directe atteignent 45 %, c'est un argument fort. Sous le régime néo-résidents, les biens situés à l'étranger sont en outre hors du champ des droits de succession italiens pendant le régime.
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Découvrir le diagnosticSources & références
- Agenzia delle Entrate — Regime opzionale neo-residenti (art. 24-bis TUIR) : agenziaentrate.gov.it
- Agenzia delle Entrate — Lavoratori impatriati, nuovo regime (D.Lgs 209/2023) : agenziaentrate.gov.it
- Agenzia delle Entrate — Regime opzionale pensionati esteri (art. 24-ter TUIR) : agenziaentrate.gov.it
- Legge di Bilancio 2026 — flat tax des néo-résidents portée à 300 000 €
- Loi n° 34 du 11 mars 2026 — seuil des communes éligibles au régime des retraités porté à 30 000 habitants
- Convention fiscale France-Italie du 5 octobre 1989 : impots.gouv.fr