Destinations · Fiscalité

0 % d'impôt en s'expatriant ? Dubaï, Portugal, Paraguay, le vrai du faux

⏱ Lecture : ~13 min 📅 23 février 2026 ✶ Pour : candidats au départ qui comparent les destinations

Trois noms reviennent sans cesse quand on rêve d'expatriation fiscale : Dubaï, le Portugal, le Paraguay. Vendus comme des paradis, ils cachent chacun un piège différent. Et surtout, ils partagent une vérité que personne ne dit : le pays n'est jamais la réponse. Votre départ réel l'est.

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« Installe-toi à Dubaï, tu ne paieras plus rien. » « Le Portugal, c'est zéro impôt sur la retraite. » « Au Paraguay, ils ne taxent que les revenus locaux. » Ces phrases se vendent par milliers, en formations et en vidéos. Elles ont un point commun : elles parlent du pays d'arrivée, et oublient le seul sujet qui décide vraiment de votre imposition, votre départ de France. Reprenons les trois, une par une, avec ce qui est vrai en 2026.

Le principe qui vaut pour les trois

Avant la destination, une règle. Tant que vous êtes résident fiscal français, vos revenus mondiaux sont imposables en France, quel que soit le pays où vous posez vos valises. Et votre résidence se juge sur l'article 4 B du CGI : foyer (famille), activité principale, centre des intérêts économiques. Un seul de ces éléments resté en France suffit à vous y rattacher. C'est la mécanique que nous détaillons dans notre article sur la résidence fiscale.

Deuxième niveau : s'il existe une convention fiscale entre la France et votre pays d'accueil, elle tranche les conflits de double résidence. S'il n'y en a pas, la France applique son seul droit interne, sans arbitrage. Gardez ces deux idées en tête : elles expliquent pourquoi nos trois destinations ne se valent pas du tout.

Le pays ne décide pas de votre imposition. La réalité de votre départ, oui.

Dubaï et les Émirats : le 0 % est réel, mais sous conditions

Commençons par la bonne nouvelle, car ici le mythe est en partie vrai : les Émirats arabes unis n'appliquent aucun impôt sur le revenu des personnes physiques. Un résident réel y est effectivement à 0 % sur ses salaires. Et il existe une convention fiscale France-Émirats (signée en 1989) qui organise l'élimination de la double imposition. Sur le papier, c'est le scénario le plus favorable des trois.

Mais trois réserves, que les vendeurs de rêve passent sous silence :

Dubaï peut être excellent. À condition d'un vrai déménagement et d'une sortie de France préparée, pas d'un aller-retour avec une adresse de domiciliation.

Portugal : le mythe du paradis des retraités est mort

C'est sans doute le changement le plus mal connu. Pendant des années, le régime des résidents non habituels (RNH) a fait du Portugal l'eldorado des retraités français : pensions étrangères quasi exonérées pendant dix ans. Ce régime a été fermé aux nouveaux arrivants fin 2023 (loi de finances portugaise pour 2024).

Son successeur, l'IFICI (parfois appelé « RNH 2.0 »), n'a rien d'un cadeau pour retraités : il vise des profils de recherche, d'innovation et à forte valeur ajoutée, propose un taux de 20 % sur certains revenus d'activité, et exclut explicitement les pensions.

Conséquence pour un retraité français qui s'installe au Portugal en 2026 : aucune exonération automatique. Sa pension est imposable au Portugal au barème progressif (taux marginal de 48 %, et jusqu'à 53 % surtaxe de solidarité comprise), sous réserve de la convention France-Portugal. Autrement dit, le Portugal « fiscalement doux pour la retraite », ce n'est plus vrai pour les nouveaux arrivants. Les articles qui le vendent encore datent d'un monde disparu. Nous détaillons ce nouveau cadre dans notre article sur l'expatriation au Portugal.

Attention aux contenus périmés

Une grande partie de ce qui circule en ligne sur le « Portugal RNH » décrit un régime fermé depuis fin 2023. Vérifiez toujours la date d'un conseil fiscal : une règle abrogée reste publiée des années sur le web.

Paraguay : territorial, mais sans convention avec la France

Le Paraguay séduit par sa fiscalité territoriale : il n'impose que les revenus de source paraguayenne, et laisse vos revenus étrangers tranquilles. Les revenus de source locale, eux, supportent bien l'impôt paraguayen sur le revenu des personnes physiques (l'IRP), au barème progressif de 8 à 10 % (10 % au taux marginal ; les dividendes locaux supportent une retenue distincte). D'où la conclusion hâtive : « mes revenus de source française ou internationale ne seront pas taxés, je suis à l'abri ».

Sauf qu'il n'existe aucune convention fiscale entre la France et le Paraguay. Et c'est décisif : en l'absence de convention, il n'y a aucun mécanisme d'arbitrage. La France peut vous considérer résident fiscal sur le seul fondement de l'article 4 B, et imposer vos revenus mondiaux, sans qu'aucune règle internationale ne vienne la contredire. Le fait que le Paraguay ne vous impose pas ne dit rien de votre situation française.

Le vrai risque au Paraguay n'est donc pas la double imposition : c'est de rester, sans le savoir, pleinement imposable en France, parce que le départ n'a pas été rendu solide et incontestable.

Le comparatif, sans complaisance

 Émirats (Dubaï)PortugalParaguay
Impôt sur le revenu local0 % (personnes)Barème (jusqu'à 48 %+)Territorial (0 % sur revenus étrangers, IRP 8-10 % en local)
Convention avec la FranceOui (1989)OuiNon
Le vrai piègeDépart réel exigé ; IS 9 % sur les sociétésRNH fermé : pensions imposées au barèmeSans convention, la France garde la main

Trois destinations, trois pièges différents. Aucune n'est « la » bonne réponse dans l'absolu : la meilleure dépend de votre profil (actif ou retraité), de la nature de vos revenus, et surtout de votre capacité à transférer réellement le centre de votre vie.

Ce qui décide vraiment

Le dénominateur commun des trois mythes, c'est l'illusion que le pays d'arrivée fait le travail. Il ne le fait jamais seul. Ce qui détermine votre imposition, c'est :

Choisir une destination avant d'avoir répondu à ces questions, c'est mettre la charrue avant les boeufs. La bonne démarche est inverse : d'abord votre situation, ensuite le pays qui lui correspond.

Ce que regarde le Diagnostic patrimonial international

Avant de choisir un pays : où en est réellement votre résidence fiscale, quels revenus vous avez (et leur traitement par chaque convention), votre exposition à l'exit tax, vos obligations déclaratives, et la séquence d'un départ sécurisé. La destination devient une conclusion, pas un point de départ.

En résumé

Dubaï offre un vrai 0 % sur le revenu des personnes, mais exige un départ réel et taxe désormais les sociétés à 9 %. Le Portugal n'est plus le paradis des retraités depuis la fin du RNH : les pensions des nouveaux arrivants y sont imposées au barème. Le Paraguay est territorial mais sans convention, donc la France peut garder la main. Dans les trois cas, le pays n'est jamais la réponse : c'est la réalité de votre départ et la préparation qui font la différence entre une économie réelle et un redressement.

Questions fréquentes

Vivre à Dubaï signifie-t-il vraiment 0 % d'impôt ?

0 % d'impôt sur le revenu des personnes, oui, pour un résident réel. Mais il faut un départ effectif de France, et les sociétés sont soumises à un IS de 9 % depuis juin 2023 (au-delà de 375 000 AED).

Le régime RNH portugais existe-t-il encore ?

Non, il est fermé aux nouveaux arrivants depuis fin 2023. Son successeur (IFICI) exclut les pensions. Un retraité arrivant en 2026 voit sa pension imposée au barème portugais.

La fiscalité territoriale du Paraguay me protège-t-elle de la France ?

Pas automatiquement. Sans convention France-Paraguay, la France peut vous considérer résident via l'article 4 B et imposer vos revenus mondiaux si votre départ n'est pas réel.

Quelle destination pour payer moins d'impôt ?

La question dépend de votre situation, pas d'un classement de pays. Le bon pays est celui qui correspond à votre profil et à un départ réellement préparé.

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Sources & références

  • Liste des conventions fiscales conclues par la France (dont l'absence de convention avec le Paraguay), BOFiP : bofip.impots.gouv.fr
  • Conventions fiscales France-Portugal et France-Émirats arabes unis : impots.gouv.fr
  • Fin du régime RNH et régime IFICI (loi de finances portugaise 2024) : Autorité fiscale portugaise
  • Impôt sur les sociétés aux Émirats arabes unis (9 % au-delà de 375 000 AED, depuis le 1er juin 2023) : u.ae (portail officiel)
  • Article 4 B et article 167 bis du Code général des impôts : Légifrance