Transfert d'actifs · Expatriation

Exit tax : qui est concerné, combien, et pourquoi vous ne paierez souvent rien

⏱ Lecture : ~14 min 📅 1er juin 2026 ✶ Pour : entrepreneurs et détenteurs de titres quittant la France

L'exit tax est l'épouvantail de l'expatriation française. Son nom seul suffit à effrayer. Pourtant, bien comprise et bien préparée, elle ne donne lieu, dans la majorité des cas, à aucun paiement réel. Voici sa mécanique exacte en 2026 — et les quelques erreurs qui, elles, peuvent vraiment coûter cher.

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Dès qu'un entrepreneur ou un détenteur de portefeuille évoque l'idée de quitter la France, un mot revient, prononcé à voix basse comme une menace : l'exit tax. L'image qui circule est celle d'un péage confiscatoire à la sortie du territoire, qui taxerait lourdement quiconque ose partir. Cette image est largement fausse. L'exit tax existe bel et bien, elle peut être lourde sur le papier, mais son fonctionnement réel — fait de sursis et de dégrèvements — aboutit le plus souvent à ne rien payer du tout. Encore faut-il comprendre le mécanisme et ne pas commettre les quelques erreurs qui le font dérailler.

Qu'est-ce que l'exit tax, exactement ?

L'exit tax, codifiée à l'article 167 bis du Code général des impôts, repose sur une fiction. Lorsque vous transférez votre domicile fiscal hors de France, l'administration fait comme si vous aviez vendu vos titres le jour de votre départ, à leur valeur de marché. Si cette valeur dépasse votre prix d'acquisition, vous réalisez une plus-value latente — un gain sur le papier, que vous n'avez pas encaissé puisque vous n'avez rien vendu. C'est sur ce gain fictif que l'exit tax est calculée.

L'idée du législateur est de décourager le départ purement fiscal consistant à s'expatrier juste avant de vendre, pour échapper à l'imposition française de la plus-value. Mais le dispositif s'applique à tout le monde, y compris à ceux dont le départ n'a rien à voir avec la fiscalité.

Êtes-vous seulement concerné ?

Première bonne nouvelle : la plupart des expatriés ne sont pas concernés du tout. L'exit tax ne se déclenche que si trois conditions sont réunies simultanément.

Et surtout, un point que beaucoup ignorent : l'exit tax ne vise que les titres et droits sociaux — actions, parts de sociétés, portefeuille de valeurs mobilières. Elle ne concerne pas l'immobilier détenu en direct, ni un PEA, ni un contrat d'assurance-vie. Un retraité qui part avec son patrimoine immobilier et son assurance-vie, sans portefeuille de titres significatif, n'a tout simplement rien à craindre de l'exit tax.

L'exit tax ne frappe que les titres. Pas l'immobilier, pas le PEA, pas l'assurance-vie.

Combien, sur le papier ?

Si vous êtes concerné, le taux de droit commun en 2026 est de 31,4 % : 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu (le prélèvement forfaitaire unique), et 18,6 % de prélèvements sociaux, ces derniers relevés par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Pour les patrimoines élevés, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, de 3 à 4 %, peut s'y ajouter.

Mais il existe une atténuation importante et trop peu connue. Une personne qui s'expatrie dans un État de l'Union européenne, de l'EEE ou en Suisse et qui relève du régime de sécurité sociale de ce pays est, en application de la jurisprudence européenne de Ruyter, exonérée de CSG et de CRDS. Ses prélèvements sociaux tombent alors à 7,5 %, ramenant le taux global autour de 20,3 %.

Illustration — entrepreneur, plus-value latente de 1 200 000 €

Le théorique… puis le réel

Valeur des titres au départ1 500 000 €
Prix d'acquisition300 000 €
Plus-value latente1 200 000 €
Exit tax théorique (31,4 %)≈ 376 800 €
Réellement décaissé si départ en UE + conservation 2 ans0 €

Le montant théorique n'est presque jamais payé : départ en UE/EEE = sursis automatique, et conservation des titres pendant 2 ans (patrimoine < 2,57 M€) = dégrèvement total. Exemple illustratif, hors contribution sur les hauts revenus et cas particuliers. Votre situation dépend de la nature de vos titres, de votre destination et de votre calendrier.

La vraie bonne nouvelle : le sursis de paiement

Voici pourquoi le montant théorique ci-dessus reste théorique. L'exit tax bénéficie d'un mécanisme de sursis de paiement qui en diffère le règlement, parfois indéfiniment.

Si vous transférez votre domicile dans un pays de l'Union européenne, de l'EEE ou en Suisse, le sursis est automatique : vous n'avez aucune démarche à faire et aucune garantie à constituer. Rien n'est payé au moment du départ. C'est la conséquence directe du droit européen, qui interdit d'entraver la liberté de circulation.

Si vous partez vers un autre pays — États-Unis, Émirats, Royaume-Uni, Canada, etc. — le sursis n'est plus automatique : il faut le demander avant le départ et, en principe, constituer une garantie (souvent bancaire) correspondant à une fraction de l'impôt. C'est plus contraignant, mais cela reste un sursis : là encore, l'impôt n'est pas réellement décaissé tant qu'aucun événement déclencheur n'intervient.

Et le plus important : le dégrèvement

Le sursis ne fait que différer l'impôt. C'est le dégrèvement qui, lui, l'efface. Et c'est là que se joue l'essentiel : si vous conservez vos titres sans les vendre pendant une certaine durée, la part de l'exit tax portant sur les plus-values latentes est purement et simplement annulée.

Au terme de ce délai, sans cession, l'impôt disparaît. Et il disparaît aussi dans trois autres situations : si vous revenez en France avant la fin du délai en ayant conservé vos titres, le dégrèvement est automatique et intégral ; en cas de donation sincère des titres ; et en cas de décès, l'exit tax s'éteint, les héritiers recevant les titres sans reprendre la dette fiscale.

L'idée à retenir

Pour un expatrié qui part durablement et conserve ses titres, l'exit tax se résume le plus souvent à une obligation déclarative — et non à un paiement. Le « péage à la sortie » que tout le monde redoute reste, dans la grande majorité des cas, un montant qui n'est jamais décaissé.

Les vrais pièges, ceux qui font payer

Si l'exit tax coûte rarement quelque chose, certaines erreurs la transforment en facture bien réelle. Les voici.

L'actualité 2026 : une tentative de durcissement avortée

Un mot sur l'actualité, car elle a nourri beaucoup d'inquiétudes. Lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2026, un amendement proposait de porter le délai de conservation des titres à 15 ans avant dégrèvement — un durcissement spectaculaire qui aurait changé toute l'équation. Adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 3 novembre 2025, il a finalement été écarté du texte définitif.

La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, maintient le régime issu de la réforme de 2019, avec ses délais de 2 et 5 ans. L'exit tax reste donc, en 2026, bien plus souple que ne le laissaient craindre les projets de durcissement. C'est une bonne nouvelle pour les candidats au départ — mais aussi un rappel que ce dispositif est politiquement sensible et peut évoluer. Raison de plus pour préparer son départ sereinement plutôt que dans l'urgence d'une réforme annoncée.

En résumé

L'exit tax mérite d'être comprise, pas redoutée. Vérifiez d'abord si vous êtes concerné — beaucoup ne le sont pas, faute d'atteindre le seuil ou parce que leur patrimoine n'est pas composé de titres. Si vous l'êtes, retenez la logique : un montant théorique calculé au départ, presque toujours mis en sursis, et le plus souvent effacé par le dégrèvement au bout de 2 ou 5 ans. Les seules vraies menaces sont les erreurs de calendrier et les oublis déclaratifs. Anticipée avec méthode, l'exit tax n'est pas un obstacle à l'expatriation : c'est une formalité à piloter.

Questions fréquentes

Qui est concerné par l'exit tax en 2026 ?

Trois conditions cumulatives : résidence fiscale française au moins 6 ans sur les 10 précédentes, titres d'une valeur supérieure à 800 000 € ou représentant au moins 50 % des bénéfices d'une société, et transfert effectif du domicile fiscal. Seuls les titres sont visés — pas l'immobilier direct, le PEA ou l'assurance-vie.

Quel est le taux de l'exit tax en 2026 ?

31,4 % de droit commun (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux), plus éventuellement la contribution sur les hauts revenus (3-4 %). Pour un expatrié relevant d'un régime social UE/EEE/Suisse, l'exonération de CSG-CRDS (jurisprudence de Ruyter) ramène le taux autour de 20,3 %.

Faut-il payer immédiatement en quittant la France ?

Le plus souvent non. Départ en UE/EEE/Suisse : sursis automatique, sans garantie. Autres destinations : sursis sur demande avant le départ, avec garantie. Dans les deux cas, rien n'est décaissé tant qu'aucun événement d'exigibilité n'intervient.

Comment l'exit tax disparaît-elle ?

Par dégrèvement, en conservant les titres sans les céder : 2 ans si le patrimoine en titres est inférieur à 2 570 000 €, 5 ans au-delà. Le dégrèvement intervient aussi en cas de retour en France, de donation sincère ou de décès.

Qu'est-ce qui rend l'exit tax exigible ?

La cession des titres, leur rachat par la société, une donation non sincère, et surtout l'oubli des déclarations annuelles (formulaire 2074-ETS). La rigueur déclarative est essentielle.

Le PLF 2026 a-t-il durci l'exit tax ?

Une tentative (délai porté à 15 ans) a été adoptée en première lecture le 3 novembre 2025 puis écartée du texte final. La loi de finances 2026, promulguée le 19 février 2026, maintient le régime de 2019 (délais de 2 et 5 ans).

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