Le plan d'épargne en actions est l'une des plus belles enveloppes fiscales françaises : après cinq ans, les plus-values et dividendes échappent à l'impôt sur le revenu (les prélèvements sociaux restant dus pour un résident). Logiquement, beaucoup de candidats au départ se demandent ce qu'il advient de ce plan une fois qu'ils ne sont plus résidents français. La réponse a radicalement changé en 2019, et elle mérite d'être comprise dans le détail — car « pouvoir garder son PEA » ne veut pas dire « avoir intérêt à le garder ».
Avant 2019, partir fermait le PEA. Plus aujourd'hui.
Jusqu'à la loi PACTE, le transfert du domicile fiscal hors de France entraînait, sauf exception, la clôture du PEA. C'était un point de friction majeur pour les expatriés. La loi PACTE (codifiée à l'article L221-32-2 du Code monétaire et financier) a supprimé cette règle. Désormais :
- Le transfert de votre résidence fiscale hors de France n'entraîne plus la clôture du plan.
- Son ancienneté est conservée : la date d'ouverture reste le point de départ du compteur, et l'exonération d'impôt sur le revenu acquise après cinq ans n'est pas remise en cause par le seul fait de devenir non-résident.
- Le cadre fiscal français du plan est préservé.
C'est une vraie liberté pour qui s'expatrie : on n'est plus contraint de liquider son PEA dans l'urgence avant de partir.
L'exception qui ferme tout : l'ETNC
Il existe une seule exception, mais elle est sans appel. Si vous transférez votre résidence dans un État ou territoire non coopératif (ETNC) — une liste fixée par la France à l'article 238-0 A du CGI, visant des juridictions jugées non coopératives en matière fiscale — le PEA est clôturé d'office, et le gain net est imposé immédiatement :
- à l'impôt sur le revenu si le plan a moins de cinq ans ;
- aux prélèvements sociaux, quelle que soit l'ancienneté du plan.
Autrement dit, la destination compte autant que le départ lui-même. Un point de plus qui montre, comme souvent, que le choix du pays n'est jamais neutre.
Côté France, le non-résident est plutôt bien traité
Pour un départ vers un pays « normal » (hors ETNC), la fiscalité française du PEA devient même favorable :
- Plus-values : en cas de retrait ou de clôture par un non-résident, la plus-value nette réalisée dans le plan est hors du champ de l'impôt sur le revenu français et des prélèvements sociaux. C'est cohérent avec le principe selon lequel la France n'impose pas, en règle générale, les plus-values mobilières des non-résidents.
- Dividendes : pour les titres cotés, pas de retenue à la source à l'intérieur du PEA. En revanche, les dividendes de titres non cotés de sociétés françaises versés dans un PEA de non-résident sont soumis à une retenue à la source, sous réserve des conventions fiscales.
Résident vs non-résident (hors ETNC)
| Plus-value — impôt sur le revenu | Hors champ |
| Plus-value — prélèvements sociaux (17,2 %) | Hors champ |
| Dividendes de titres cotés — retenue à la source | Non |
| Dividendes de titres non cotés — retenue à la source | Oui* |
| Imposition française du PEA pour le non-résident | Très allégée |
*Sous réserve des conventions fiscales internationales. Tableau indicatif, hors ETNC et hors cas particuliers. Le maintien de l'exonération côté France ne préjuge pas de l'imposition dans le pays de résidence (voir ci-dessous).
Le vrai piège : votre nouveau pays ignore l'enveloppe
C'est le point le plus important, et le plus négligé. Le PEA est une enveloppe fiscale française. Son exonération relève du droit français — elle ne lie en rien votre pays d'accueil. Or la plupart des pays ne reconnaissent pas le PEA comme une enveloppe défiscalisée : à leurs yeux, c'est un simple compte-titres.
Conséquence : votre pays de résidence peut imposer, selon ses propres règles, les dividendes et les plus-values réalisés à l'intérieur du plan — parfois chaque année, et indépendamment de tout retrait. L'avantage fiscal que vous chérissiez en France peut alors être purement et simplement neutralisé de l'autre côté de la frontière.
Garder son PEA, ce n'est pas garder son avantage fiscal. L'enveloppe est française ; l'impôt, lui, suit votre résidence.
C'est exactement la logique que nous rappelons à propos des conventions fiscales : ce qui décide de votre imposition, ce n'est pas le produit que vous détenez, c'est le pays où vous êtes résident et la convention qui le lie à la France.
Le risque pratique : la banque qui ne veut plus de vous
Au-delà du droit fiscal, il y a la réalité bancaire. Légalement, le plan est maintenu et, après cinq ans, les retraits partiels ne le ferment plus et vous pouvez même reprendre des versements. Mais en pratique, beaucoup d'établissements teneurs de compte restreignent ou refusent les clients non-résidents — voire la simple détention du plan — selon le pays de résidence. Certains courtiers vous demanderont de clôturer, d'autres bloqueront les versements.
Demandez par écrit à votre banque ou votre courtier si elle accepte de conserver votre PEA une fois résident du pays visé, et à quelles conditions (versements, arbitrages, frais). C'est une contrainte pratique qui ne dépend pas de la loi fiscale, et qui peut à elle seule décider du sort du plan.
Ce qu'il faut faire avant de partir
La bonne séquence, tant que vous êtes encore résident :
- Vérifier la destination : est-elle un ETNC ? Comment la convention et la fiscalité locale traiteront-elles les dividendes et plus-values du plan ?
- Interroger votre établissement sur le maintien du PEA pour un non-résident du pays visé.
- Arbitrer en conscience : selon les réponses, conserver le plan et son ancienneté, ou réaliser certains gains avant le départ pendant qu'ils relèvent encore du régime résident.
Cette réflexion fait partie intégrante de la checklist du départ : le PEA n'est qu'une pièce d'un puzzle qui comprend aussi l'assurance-vie, les comptes étrangers et l'éventuelle plus-value immobilière.
Depuis la loi PACTE, votre PEA survit à votre expatriation et la France n'en taxe plus les gains (hors ETNC). Mais « le garder » ne veut pas dire « garder l'avantage » : votre pays de résidence peut ignorer l'enveloppe et taxer ce qu'il y a dedans. La vraie question n'est donc pas « puis-je garder mon PEA ? » (oui, presque toujours), mais « mon pays d'accueil en respecte-t-il l'avantage ? » — et cela se vérifie destination par destination, avant le départ.
En résumé
La loi PACTE a réglé un vieux problème : on ne perd plus son PEA en quittant la France, l'ancienneté est conservée, et le non-résident bénéficie même d'une fiscalité française très allégée à la sortie. Restent deux réserves décisives. D'abord l'ETNC, qui ferme et taxe le plan d'office. Ensuite, et surtout, le fait que l'avantage du PEA n'est pas exportable : votre nouveau pays peut le traiter comme un compte-titres ordinaire et imposer les revenus du plan à sa façon. Comme toujours, la décision se prend avant le départ, à la lumière de la destination, de la convention et de la position de votre banque.
Questions fréquentes
Que devient mon PEA si je quitte la France ?
Depuis la loi PACTE (2019), le départ ne ferme plus le plan : il est maintenu, son ancienneté et son cadre fiscal français sont conservés. Seul un départ vers un État non coopératif (ETNC) fait exception.
La France va-t-elle taxer les gains de mon PEA quand je suis non-résident ?
En principe non : la plus-value nette d'un non-résident, lors d'un retrait ou d'une clôture, est hors du champ de l'impôt sur le revenu français et des prélèvements sociaux (sauf résidence en ETNC).
Qu'est-ce qu'un ETNC et pourquoi cela change tout ?
Un État ou territoire non coopératif au sens de l'article 238-0 A du CGI. Y transférer sa résidence ferme le PEA d'office : impôt sur le revenu si le plan a moins de cinq ans, et prélèvements sociaux quelle que soit l'ancienneté.
Mon nouveau pays respecte-t-il l'avantage du PEA ?
Le plus souvent non. Le PEA est une enveloppe française non reconnue à l'étranger : votre pays de résidence peut imposer dividendes et plus-values du plan selon ses règles, parfois chaque année, neutralisant l'avantage.
Les dividendes de mon PEA subissent-ils une retenue à la source ?
Pour les titres cotés, non. Pour les titres non cotés de sociétés françaises versés dans un PEA de non-résident, oui, sous réserve des conventions fiscales.
Puis-je continuer à alimenter mon PEA depuis l'étranger ?
Légalement oui (après cinq ans, les retraits partiels ne ferment plus le plan et les versements restent possibles). En pratique, cela dépend de votre banque ou courtier, qui peut restreindre la détention ou les versements des non-résidents.
Faut-il garder son PEA ou le solder avant de partir ?
Au cas par cas : selon la destination (convention, fiscalité locale, risque ETNC) et l'acceptation de votre banque. Parfois conserver l'ancienneté est pertinent, parfois mieux vaut arbitrer avant le départ, tant que vous êtes résident.
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Votre PEA et votre départ : garder ou arbitrer ?
Destination, convention fiscale, position de votre banque, ETNC : un point clair sur le sort de votre PEA — et du reste de vos placements — avant de quitter la France. Tout commence par un appel de cadrage.
Découvrir le diagnosticSources & références
- impots.gouv.fr — « Puis-je garder mon PEA (plan d'épargne en actions) ? » : impots.gouv.fr
- Code monétaire et financier, art. L221-32-2 (loi PACTE n° 2019-486) — maintien du PEA en cas de transfert hors de France : legifrance.gouv.fr
- BOFiP — RPPM, fonctionnement et gestion du PEA ; liste des ETNC (art. 238-0 A du CGI) : bofip.impots.gouv.fr