Retraite expatriée · Maroc

Retraite au Maroc : comment vos pensions françaises sont réellement imposées en 2026

⏱ Lecture : ~13 min 📅 1er juin 2026 ✶ Pour : retraités français au Maroc ou en projet

Le Maroc reste l'une des destinations les plus avantageuses au monde pour un retraité français — à condition de comprendre un mécanisme fiscal que beaucoup décrivent de travers. Voici, chiffres à l'appui, comment vos pensions sont réellement imposées en 2026, et les confusions qui coûtent cher.

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Le Maroc attire les retraités français depuis des décennies, et pour de bonnes raisons : climat, proximité, coût de la vie, langue. Mais l'argument que l'on entend le plus souvent — « au Maroc, les retraités ne paient presque pas d'impôt » — est à la fois vrai et trompeur. Vrai, parce que la fiscalité réelle d'une pension française bien gérée y est effectivement très basse. Trompeur, parce que ce résultat dépend de conditions précises que beaucoup ignorent, et parce qu'une réforme récente a introduit une confusion majeure. Reprenons tout depuis le début, proprement.

Première question : qui a le droit d'imposer votre pension ?

Avant de parler de taux, il faut répondre à une question préalable que beaucoup sautent : entre la France et le Maroc, quel pays a le droit d'imposer votre pension ? La réponse est donnée par la convention fiscale franco-marocaine, et elle dépend de la nature de la pension.

La distinction essentielle est celle entre pensions privées et pensions publiques.

Cette distinction est décisive, car de nombreux retraités perçoivent les deux : une pension de base privée et, par exemple, une pension issue d'années passées dans la fonction publique. Chacune suit alors son propre régime. Un conseil qui traite votre pension comme un bloc unique se trompe forcément sur une partie.

Avant de parler de taux, il faut savoir quel pays a le droit d'imposer. La nature de la pension décide.

Comment le Maroc impose une pension étrangère

Supposons le cas le plus fréquent : vous êtes résident fiscal marocain et vous percevez une pension du privé, imposable au Maroc. Le calcul se fait en trois temps.

1. L'abattement forfaitaire 70 / 40 %

Le Maroc applique d'abord un abattement forfaitaire sur le montant brut de la pension étrangère : 70 % sur la fraction annuelle allant jusqu'à 168 000 dirhams, puis 40 % sur la fraction au-delà. Seul ce qui reste après abattement entre dans la base imposable. Autrement dit, une large part de votre pension est retirée de l'assiette avant même tout calcul d'impôt.

2. Le barème progressif de l'impôt sur le revenu

Le montant net après abattement est ensuite soumis au barème progressif marocain de l'impôt sur le revenu (IR). En 2026, ce barème va de 0 % (jusqu'à 40 000 dirhams) à 37 % (au-delà de 180 000 dirhams), avec plusieurs tranches intermédiaires. À ce stade, l'impôt obtenu reste théorique : il faut encore appliquer la dernière étape, qui change tout.

3. La réduction de 80 % pour les pensions transférées

C'est le cœur de l'avantage marocain. Si vous transférez votre pension au Maroc à titre définitif et que vous la faites convertir en dirhams non convertibles, vous bénéficiez d'une réduction de 80 % de l'impôt calculé sur cette pension, en application de l'article 76 du Code général des impôts marocain. Concrètement, vous ne payez plus que 20 % de l'impôt théorique.

L'arbitrage à mesurer

Le revers de la réduction de 80 %, c'est la nature « non convertible » des dirhams reçus : ces sommes ne peuvent pas être librement re-transférées hors du Maroc. En pratique, vous vous engagez à dépenser et vivre cet argent au Maroc. Pour un retraité réellement installé sur place, c'est sans conséquence. Pour quelqu'un qui voudrait garder la possibilité de rapatrier ses fonds, c'est un vrai sujet à peser.

Un exemple chiffré, pour rendre les choses concrètes

Prenons un retraité percevant une pension du privé de 30 000 € par an, soit environ 330 000 dirhams (au cours indicatif de 11 dirhams pour 1 euro), entièrement transférée au Maroc en dirhams non convertibles.

Illustration — pension privée de 30 000 € / an

Du brut à l'impôt réellement dû

Pension annuelle brute330 000 DH
Abattement 70 % sur 168 000 DH− 117 600 DH
Abattement 40 % sur 162 000 DH− 64 800 DH
Base imposable après abattement147 600 DH
IR au barème (tranche 34 %, déduction)≈ 28 200 DH
Réduction de 80 % (transfert non convertible)− 22 560 DH
Impôt réellement dû≈ 5 640 DH

Soit environ 510 € d'impôt sur 30 000 € de pension, c'est-à-dire un taux effectif d'environ 1,7 %. Exemple purement illustratif, fondé sur un cours de change indicatif et le régime 2026 d'une pension privée transférée en dirhams non convertibles. Votre situation réelle dépend de la nature exacte de vos pensions, de votre résidence fiscale et des conditions de transfert.

Ce résultat — un taux effectif autour de 2 % — explique l'attractivité du Maroc. Mais remarquez bien tout ce qui le conditionne : il s'agit d'une pension privée, perçue par un vrai résident fiscal marocain, transférée au Maroc en dirhams non convertibles. Changez l'un de ces paramètres et le calcul change.

La confusion de 2026 qui peut vous induire en erreur

Depuis deux ans, une réforme marocaine alimente une confusion qu'il faut absolument dissiper. Les lois de finances 2025 et 2026 ont instauré une exonération totale d'impôt sur les pensions de retraite — 50 % d'exonération en 2025, puis 100 % à partir de 2026. De nombreux articles, et même certains conseillers, en concluent que « les retraités ne paient plus d'impôt au Maroc ».

Sauf que cette exonération vise uniquement les régimes de retraite marocains : la CNSS, la CMR, le RCAR, et certaines pensions complémentaires marocaines sous conditions. Elle ne concerne pas les pensions de source étrangère. Votre pension française, elle, reste soumise au régime que nous venons de décrire : abattement 70/40 % et réduction de 80 % en cas de transfert. Confondre les deux, c'est risquer de bâtir son installation sur une promesse qui ne s'applique pas à vous.

À retenir

L'exonération totale 2025-2026 = pensions marocaines (CNSS, CMR, RCAR).

Votre pension française = régime abattement 70/40 % + réduction de 80 % si transfert en dirhams non convertibles.

Le vrai point de vigilance : être résident fiscal marocain pour de bon

Tout ce qui précède suppose une chose : que vous soyez réellement résident fiscal du Maroc, et non plus résident fiscal français. Et c'est ici que se logent la plupart des erreurs coûteuses.

On devient en principe résident fiscal marocain en y séjournant plus de 183 jours sur 365, ou en y ayant son foyer permanent d'habitation, ou le centre de ses intérêts économiques. Mais acquérir la résidence marocaine ne suffit pas : il faut, symétriquement, cesser d'être résident fiscal français au sens du droit français et de la convention. Garder son domicile principal, sa famille proche, l'essentiel de ses comptes et de sa vie en France tout en passant quelques mois au Maroc ne fait pas de vous un non-résident opposable à l'administration française.

Une installation mal préparée peut ainsi aboutir au pire scénario : l'administration française continue de vous considérer comme résident — donc imposable en France sur vos revenus mondiaux — pendant que vous pensiez profiter du régime marocain. C'est précisément le genre de situation qu'un accompagnement sérieux anticipe en amont, en sécurisant le transfert de résidence avant de raisonner sur les taux.

Et la CSG, la CRDS, l'assurance maladie ?

Dernier point souvent négligé. Un résident fiscal hors de France, relevant d'un régime de sécurité sociale étranger, n'est en principe pas redevable de la CSG ni de la CRDS sur ses pensions. C'est un gain réel par rapport à un retraité resté en France. En revanche, selon la couverture maladie dont vous relevez, une cotisation d'assurance maladie peut encore être prélevée en France sur certaines pensions, et la question de votre couverture santé au Maroc doit être réglée en parallèle. Ces points dépendent fortement de votre situation individuelle et méritent d'être traités au cas par cas plutôt que par une règle générale.

En résumé

Le Maroc mérite sa réputation de destination fiscalement douce pour les retraités français — mais cette douceur repose sur une mécanique précise, pas sur une exonération automatique. Distinguez vos pensions privées et publiques. Comprenez l'enchaînement abattement / barème / réduction de 80 %. Ne confondez pas l'exonération des pensions marocaines avec le régime des pensions françaises. Et surtout, sécurisez d'abord votre résidence fiscale, car tout le reste en découle. Bien préparée, une retraite au Maroc est l'un des arbitrages patrimoniaux les plus favorables qui soient pour un francophone. Mal préparée, elle peut réserver de mauvaises surprises des deux côtés de la Méditerranée.

Questions fréquentes

Ma pension française est-elle imposée en France ou au Maroc ?

Selon la convention franco-marocaine : les pensions du privé d'un résident marocain sont imposables uniquement au Maroc ; les pensions publiques (fonction publique) restent imposables en France. Beaucoup de retraités cumulent les deux, traitées séparément.

Quel est l'abattement sur les pensions étrangères au Maroc en 2026 ?

70 % sur la fraction annuelle jusqu'à 168 000 dirhams, puis 40 % au-delà. Seul le solde après abattement entre dans la base imposable au barème de l'IR.

Qu'est-ce que la réduction de 80 % ?

Une réduction de 80 % de l'impôt dû sur une pension étrangère transférée au Maroc à titre définitif et convertie en dirhams non convertibles (article 76 du CGI). L'impôt final ne représente plus que 20 % du théorique. En contrepartie, ces dirhams ne sont pas librement re-transférables hors du Maroc.

L'exonération totale 2026 concerne-t-elle ma pension française ?

Non. Elle vise uniquement les régimes marocains (CNSS, CMR, RCAR) et certaines complémentaires marocaines. Les pensions françaises restent sous le régime abattement 70/40 % + réduction de 80 %.

Quand devient-on résident fiscal du Maroc ?

En principe : plus de 183 jours par an au Maroc, ou foyer permanent d'habitation, ou centre des intérêts économiques. Mais il faut aussi cesser d'être résident fiscal français de façon réelle et opposable — la simple acquisition d'un logement ne suffit pas.

Paie-t-on la CSG et la CRDS ?

En principe non, pour un résident fiscal hors de France relevant d'un régime social étranger. Une cotisation d'assurance maladie peut toutefois être prélevée en France selon la couverture dont vous dépendez. À examiner au cas par cas.

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